Le rassemblement de la diaspora ecclésiale russe

Le rassemblement de la diaspora ecclésiale russe en Europe Occidentale comme pas vers la création de l’Eglise Locale

Paris - 6 et 7 mai

Les 6 et 7 mai derniers a eu lieu à Sainte-Geneviève des Bois (Essonne – France) une rencontre des représentants de l'émigration d'Eglise russe. Le thème directeur de cette rencontre était «Sur le chemin de l'unité». Le site du diocèse de Chersonèse publie l’exposé présenté lors de cette rencontre par SEm l’archevêque de Chersonèse Innocent. Nous reproduisons cet exposé ci-dessous.

EXPOSÉ DE SON EMMINENCE, MONSEIGNEUR INNOKENTI, ARCHEVEQUE DE CHERSONESE

« Le rassemblement de la diaspora ecclésiale russe en Europe Occidentale comme pas vers la création de l’Eglise Locale »

Le Christ est Ressuscité !

Je suis heureux du fond du cœur de tous vous saluer, chers Pères, Frères et Sœurs qui vous êtes rassemblés ici, dans la Maison Russe, en ces jours lumineux de Pâques, pour étudier les questions actuelles de l’organisation de la vie de l’Eglise Orthodoxe en France, et plus largement en Europe Occidentale.

Notre rencontre a lieu dans le cadre de la célébration des 75 ans de l’église cathédrale du diocèse de Chersonèse, l’église des Trois Saints Hiérarques. Je pense que cet anniversaire significatif, fêté en février de l’année prochaine, nous offre une formidable occasion non seulement de nous souvenir du passé, mais aussi de considérer la situation présente et d’étudier la nouvelle responsabilité qui repose sur les diocèses d’Europe occidentale et sur les paroisses de l’Eglise Orthodoxe russe.

 

Cette nouvelle responsabilité est liée avant tout à l’augmentation constante de notre troupeau, due à l’arrivée en Europe occidentale, ces dernières années, pour un séjour permanent ou temporaire, d’un très grand nombre d’enfants spirituels du Patriarcat de Moscou. Cependant, à côté des problèmes de pastorale immédiate de ces nouveaux émigrants, il est de notre responsabilité de nous occuper du futur de l’Eglise Orthodoxe dans ces pays. Inévitablement, se pose la question difficile, douloureuse mais néanmoins maintenant très importante, des discordances au sein de la diaspora ecclésiale russe, discordances qu’il nous faut surmonter.

Deux années se sont écoulées depuis que le primat de l’Eglise Russe a appelé les orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale à la réunification. Comme vous vous en souvenez, Sa Sainteté le Patriarche Alexis a proposé d’organiser une région métropolitaine autogérée, qui inclurait les trois juridictions ecclésiastiques russes déjà existantes en Europe. La création d’une telle région servirait de pas vers l’aménagement canonique de l’Eglise Orthodoxe, par quoi nous comprenons la mise en oeuvre du principe local.

« Nous espérons - dit Sa Sainteté le Patriarche Alexis, dans sa lettre historique du 1er avril 2003 - que la région métropolitaine autogérée, réunissant tous les fidèles de tradition orthodoxe russe dans les pays d’Europe occidentale, servira de base, lorsque Dieu le voudra, à l’aménagement canonique futur d’une Eglise Orthodoxe Locale multinationale en Europe occidentale, construite dans un esprit de conciliarité par tous les croyants orthodoxes qui résident dans ces pays. »

Les discussions non officielles de la lettre patriarcale se sont poursuivies, depuis son apparition jusqu’à aujourd’hui. Différents points de vue se sont exprimés, mais il semble que des personnes orthodoxes de plus en plus nombreuses, si elles vivent réellement des intérêts de l’Eglise du Christ, prennent conscience de la droiture et de la sagesse pastorale des perspectives exposées dans la lettre de Sa Sainteté. C’est en tout cas, à la date d’aujourd’hui, le seul appel fait par un Primat d’une Eglise Orthodoxe Locale, sur la question de l’aménagement futur de la vie ecclésiale dans les pays de la diaspora. Pour cette raison, nous la considérons comme particulièrement importante.

Il nous est arrivé d’entendre l’opinion selon laquelle la lettre de Sa Sainteté aurait porté la division au sein des groupes à qui elle était adressée. Je ne pense pas qu’une telle opinion soit juste. On pourrait plutôt dire que la parution de la lettre n’a fait que révéler les contradictions intérieures profondes, qui s’étaient accumulées depuis bien longtemps au sein de l’émigration russe. Et aujourd’hui, dans ce même milieu, au sein de la vie des orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale, deviennent manifestes, et la désunion, et la discorde, et l’existence d’un certain nombre de problèmes essentiels. Problèmes qui exigent d’être résolus.

I.

Je voudrais commencer mon exposé par l’évaluation de la situation présente dans son ensemble dans les pays de diaspora orthodoxe. Il est évident qu’elle contredit la base de la doctrine ecclésiologique et la structure de l’église. Sur un seul et même territoire existent plusieurs diocèses, dirigés par les différents évêques des différentes Eglises Locales.

Une telle situation, avant tout, contredit l’enseignement dogmatique de l’Eglise Orthodoxe selon lequel, dans un seul lieu, ne doit se trouver, à l’image du Christ et de son Eglise, qu’un seul évêque, présidant l’assemblée eucharistique – le diocèse, et qui « corrige droitement [*] » son troupeau uni. La coexistence de plusieurs évêques sur un même territoire s’oppose à la conscience claire de l’unité de l’Eglise du Christ et divise le troupeau de ce territoire – le Corps du Christ. De cette façon, la disposition actuelle de la diaspora est une distorsion dogmatique, qui nous empêche de confesser par l’action notre foi en l’Eglise Une. De plus, toute atteinte aux fondements dogmatiques a pour conséquence interne, des processus spirituels destructeurs que, peut-être, nous ne voyons pas toujours et dont nous n’avons pas toujours conscience, mais qui peuvent conduire à des suites néfastes.

Le morcellement des orthodoxes sur un seul et même territoire est en soi un problème pastoral essentiel, un problème pratique. La division en « juridictions » est de plus en plus souvent acceptée comme une norme : « celle-ci - c’est mon Eglise et celle-là - c’est leur Eglise ». L’affirmation d’une telle vision des choses entraîne un isolement certain et une fermeture sur soi. Il en résulte qu’un tel paroissien devient incapable de missionnariat personnel, d’un travail personnel de catéchisation, ou même d’une simple attitude de bienveillance envers ceux qui arrivent nouvellement dans « son » église. La réciproque est également vraie – devant le visage de personnes refermées sur elles-mêmes, devant le « séparatisme » de leurs communautés ecclésiales et diocésaines, une personne extérieure ne peut voir qu’une sorte de « club fermé » plutôt qu’un lieu où s’adresser pour assouvir sa soif de Dieu.

Il conviendrait de reconnaître que notre désunion nous affaiblit. Le morcellement de nos forces ne nous permet pas la réalisation du potentiel considérable recelé par l’Orthodoxie. Sauf rare exception, chaque « juridiction » réalise ses propres mesures, conduit sa propre ligne d’organisation dans le domaine du travail pastoral, missionnaire, catachétique, éducatif ou philanthropique. L’absence complète ou partielle de coordination entraîne une dépense démesurée en moyens humains, matériels et simplement financiers. De plus, certains projets, comme par exemple la préparation systématique des pasteurs et des catéchètes, ne peuvent être menés, de toute évidence, que dans un effort commun de l’ensemble des juridictions. En l’absence de tels efforts, ces projets ne sont simplement pas mis en oeuvre.

II.

Il est également évident, cependant, que la situation actuelle n’est pas due au hasard et ne peut être résolue par une simple dénégation des circonstances qui impliquent une séparation en «juridictions». Les causes historiques de cette séparation sont bien connues : apparition presque simultanée sur un même territoire de plusieurs «diasporas» dont les membres se considéraient au départ comme immigrés temporaires et, en raison de cela, gardaient un lien immédiat avec l’Église du pays dont ils étaient issus. Aujourd’hui, chaque juridiction se compose de trois éléments : les descendants de la première vague d’immigration, assimilés localement, des membres de racine locale, et enfin d’une nouvelle vague migratoire, qui ne s’est pas encore assimilée localement, mais qui doit être néanmoins considérée comme une partie à part entière de l’Orthodoxie locale. Il est évident que la séparation en «juridictions» ethniques est liée à cette réalité complexe de l’Orthodoxie en Europe Occidentale. Si on ne doit pas cultiver cette division ethnique, il est cependant tout aussi inadmissible, d’un point de vue pastoral, d’ignorer les nécessités actuelles des différentes strates du troupeau que composent les fidèles orthodoxes en Europe Occidentale. Parmi ces nécessités pastorales, demeure celle de conserver, dans une certaine mesure, une pratique pastorale et liturgique, un type de vie ecclésiale propre à telle ou telle nation. Si nous reconnaissons cela nous pourrons alors comprendre les causes intérieures réelles de la perpétuation de la division en «juridiction» et, les ayant comprises et acceptées, nous saurons les surmonter. Cependant, il est nécessaire d’affirmer que ces causes n’existent qu’en ce qui concerne les différentes juridictions «ethniques». Les divisions au sein de l’Orthodoxie russe, quant à elles, ne trouvent plus même cette justification-là.

Dans le temps, les causes de ces divisions ne furent que politiques : certains ne purent accepter de garder un lien avec une Église captive d’un pouvoir athée ; d’autres – faisant un effort sur eux-mêmes – purent garder ce lien. Lorsque la diaspora russe fut divisée en «juridictions», aucune autre cause ne fut évoquée. Cependant, avec quelques variantes, toutes les trois «juridictions» conservèrent une même tradition liturgique et pastorale, et aujourd’hui – apportent leur sollicitude pastorale au même troupeau ecclésial : les descendants des émigrants de la première vague, les membres de source locale attirés par la tradition russe, les membres de la nouvelle vague d’immigration venant de Russie et de la C.E.I. Ainsi, si au regard des autres juridictions, la séparation trouve, si l’on veut, une justification d’ordre «pastoral», la séparation des juridictions d’origine russe, au contraire, apporte un peu plus de division au sein de la partie russe du troupeau ecclésial d’Europe Occidentale, ce qui implique un préjudice dramatique à l’action pastorale.

La division des fidèles russes implique une perte supplémentaire de temps et d’énergie pour coordonner le travail des juridictions russes. Une telle situation créé une étape supplémentaire et superflue dans le dialogue entre les représentants des divers évêchés existant en Europe Occidentale. Ainsi, cette séparation injustifiée devient un obstacle significatif dans le travail commun aussi bien des hiérarques que, plus généralement, des représentants des juridictions dans l’élaboration de l’Église locale.

III.

Comme nous l’avons évoqué plus haut, le 1er avril 2003, Sa Sainteté le Patriarche de Moscou et de toute la Russie Alexis II envoyait aux évêchés et paroisses de tradition russe en Europe Occidentale un message historique, qui ouvrait une voie à la résolution des problèmes de la diaspora en Europe Occidentale. Dans ce message il était proposé de créer, à partir desdits évêchés, une région métropolitaine, c’est-à-dire un organisme ecclésial structuré comme une Église locale : composé de plusieurs évêchés rassemblés, selon un principe d’auto-administration, par un Concile et un Primat, et possédant les organes d’administration permanents nécessaires.

La mise en place, en réponse à l’appel de Sa Sainteté le Patriarche, d’un tel organisme ecclésial uni rassemblant toutes les paroisses de tradition russe en Europe Occidentale pourrait non seulement permettre d’éliminer un obstacle superflu sur la voie de la construction de l’Église locale, mais pourrait également être un pas en avant sur cette voie. En effet, la création en Europe Occidentale de cette métropole pourrait être un exemple pour les autres Églises locales. Les métropoles ainsi créées, possédant la structure interne d’une Église auto-administrée, pourraient par la suite fusionner naturellement en une seule Église autocéphale locale d’Europe Occidentale.

L’appel de Sa Sainteté le Patriarche à l’unité au sein d’une telle métropole ouvrait la voie de la guérison des divisions et de la solution des problèmes pastoraux évoqués plus haut. Cependant il n’imposait pas les formes d’organisation de la métropole auto-administrée en projet. En effet, la hiérarchie de l’Église russe a bien conscience des différences qui existent au sein des fidèles des diocèses de tradition russe en Europe Occidentale, qui comprennent aussi bien des émigrants d’anciennes vagues, que de nouvelle vague, ainsi que des membres de source locale. Les particularités de la mise en place historique et organisationnelle des évêchés sont également prises en compte. Ainsi il est attendu qu’en réponse à l’initiative, à l’appel venant de l’Église-mère, la diaspora répondra de son côté en travaillant elle-même à l’organisation de sa situation canonique.

IV.

Cela reflète la vision de principe qu’a l’Église russe de l’avenir de la diaspora orthodoxe dans le monde : avec le soutien nécessaire et un certain guidage de la part des Églises-mères, la diaspora est appelée à élaborer elle-même la solution du problème de son avenir, à définir elle-même les voies de son émergence en tant qu’Église locale.

En employant le terme de «diaspora», il est cependant nécessaire de préciser ce qui suit. Certes, le troupeau ecclésial orthodoxe d’Europe occidentale, comportant plusieurs strates, comporte entre autres jusqu’à nos jours un élément important de diaspora – un élément qui est devenu encore plus important en raison des flux migratoires récents. Mais, d’un autre côté, font partie de ce troupeau ecclésial aussi bien les descendants assimilés des vagues migratoires précédentes, que les membres de racine locale, attirés, dans leur conversion à l’Orthodoxie, par la tradition russe. La sollicitude pastorale de Sa Sainteté le Patriarche, exprimée dans son message historique, s’adresse à eux tous, sans distinctions.

Nous pourrions ici digresser amplement à propos de la tradition de mission, propre de tout temps à l’Église russe, et à propos des fruits de cette mission au Japon, en Amérique, dans les régions éloignées de l’État russe. Sans s’arrêter sur les détails historiques, bien connus, il convient de souligner les traits caractéristiques de cette mission. Sans doute, chacun des missionnaires russes emportaient avec lui la tradition propre à son Église – tradition liturgique, iconographique, pastorale. Cela ajoutait une empreinte inestimable et unique à leur œuvre et permettait aux enfants de mission, illuminés par la lumière de la foi orthodoxe, de naître à cette foi tout en étant liés à une pratique vivante, c’est-à-dire de s’insérer harmonieusement dans le flot d’une tradition séculaire. En même temps, les missionnaires russes se comportaient avec soin vis-à-vis de la langue, de la culture, des coutumes locales, lorsqu’elles ne contredisaient pas l’enseignement moral de l’Église orthodoxe. C’est ainsi que naissait progressivement une tradition orthodoxe locale. Elle se nourrissait de la tradition russe mais ne s’identifiait pas à celle-ci et, le temps s’écoulant, elle arrivait à maturité. Cette tradition missionnaire est une raison de plus pourquoi, si le message de Sa Sainteté le Patriarche contient un appel à construire la métropole projetée en collaboration avec l’Église-mère, c’est néanmoins avec les forces des orthodoxes vivant ici, en Europe Occidentale.

En effet, le principe évoqué, qui permet au troupeau ecclésial local de grandir progressivement dans le cadre de l’Église russe, s’est également exprimé dans les questions d’organisation canonique des Église–filles de mission. À savoir que les communautés ecclésiales ainsi créées, qui se trouvent au départ dans une dépendance canonique totale vis à vis de l’Église russe, peu à peu se développent et avancent pas à pas vers l’autonomie, puis vers l’autocéphalie. Il faut souligner que, dans ce développement, les communautés ecclésiales missionnaires sont aidées et soutenues, guidées également dans une juste mesure, par l’Église russe qui, déjà à plusieurs reprises, a prouvé son soutien envers une telle évolution et communiqué à ses Églises-filles le degré d’indépendance recherché. De nos jours, diverses Églises liées au Trône patriarcal de Moscou se situent à diverses étapes de ce mouvement. Sans plus parler de l’Église Autonome du Japon, nous pouvons évoquer l’Église Orthodoxe d’Ukraine, possédant un droit de large autonomie – à la limite de l’autocéphalie, les Églises de Moldavie, d’Estonie et de Lettonie, ayant un statut d’auto-administration, ainsi que l’Exarchat de Biélorussie, qui possède un degré d’indépendance interne un peu plus limité, mais cependant encore fort large.

On ne peut ainsi se permettre de dire que la sollicitude de l’Église russe, et entre autres le message de Sa Sainteté le Patriarche, ignore la naissance d’une Orthodoxie locale et se définit, comme on peut l’entendre ici ou là, par une nouvelle ecclésiologie, basée sur le principe ethnique et national. Au contraire, il faut souligner que l’Église Orthodoxe Russe a déjà largement et depuis longtemps appliqué les principes énoncés en France.

V.

Providentiellement, c’est justement ici, en France, que dans un petit groupe de clercs et de laïques qui garda la fidélité au Patriarcat de Moscou, nous trouvons les authentiques ascètes qui consacrèrent toutes leurs forces à la création de la future Eglise Locale.

Comment ne pas évoquer les fondateurs de la Communauté des Trois Saints Hiérarques, ainsi que les membres de la confrérie saint Photius. Leur activité débuta dès les année 20 et ils furent, semble-t-il, les premiers à juger indispensable de dévoiler à la France la richesse spirituelle de l’Orthodoxie.

A ce groupe appartenaient notamment Vladimir Lossky, les frères Kovalevsky, les célèbres peintres d’icônes Leonid Ouspensky et le moine Grégoire (Krug). Leurs idées étaient partagées par des personnages célèbres dans toute l’orthodoxie occidentale, comme le métropolite Antoine (Bloom), l’archevêque Seraphim (Rodionov), l’archimandrite Serge (Shevitch), l’archimandrite Sophroniy (Sakharov) et beaucoup d’autres…

Les membres de la fraternité saint Photius et leurs amis furent à l’origine des premières traductions et des premières éditions en langue française de la littérature orthodoxe, ils sont entrés en dialogue avec des penseurs contemporains français tels que Jacques Maritain, le cardinal Daniélou, Louis Massignon ou Gabriel Marcel.

Sans faire déjà l’histoire du passé, je voudrais évoquer ici un exemple tiré de notre vie d’aujourd’hui. Bien que ce fait soit ignoré de beaucoup, à la tête du vaste vicariat italien du diocèse de Korsoun, se trouve un archiprêtre d’origine italienne, tout comme à la tête du vicariat espagnol, se trouve un archimandrite espagnol, et ainsi de suite.

Je ne veux pas établir ici de comparaison avec d’autres juridictions, mais je dirai seulement que seule une personne aux idées préconçues peut nous accuser de nationalisme ainsi que de ne pouvoir travailler à la création de l’Eglise Locale.

C’est pourquoi l’accusation de phylétisme qui résonne parfois à l’adresse de notre église, la plus multinationale de toutes les Eglises Locales, suscite en nous un sentiment de perplexité.

VI.

Parmi les arguments des adversaires de la réunion de la diaspora ecclésiale russe, on peut souvent entendre qu’un tel pas n’est pas acceptable, car il annihilerait la spécificité de l’organisation ecclésiale élaborée dans l’émigration. Ceci est un étrange malentendu. Nous l’avons déjà dit plus haut mais nous allons y insister à nouveau : dans le message patriarcal était souligné avec insistance la nécessité de prendre soin de la tradition élaborée dans l’émigration. «Gardant précieusement l’héritage qu’ils ont reçu, beaucoup d’entre eux, porteurs de la tradition russe en Europe Occidentale, désirent garder les formes d’organisation de la vie ecclésiale qui se sont élaborées durant des dizaines d’années. Celles-ci sont différentes de celles de l’Eglise en Russie, bien que fondées sur la même tradition canonique, exprimée [...] dans les actes et règles énoncés par le Concile de Moscou de 1917-1918» – écrivait Sa Sainteté le Patriarche.

Il faut cependant remarquer que dans les diverses juridictions de la diaspora russe, l’organisation canonique interne s’est aménagée de façon variée. Les évêchés du Patriarcat de Moscou suivent le code diocésain commun défini par les Statuts de l’Église Orthodoxe Russe. Cependant, l’un de ces évêchés – celui de Sourogh – suit en pratique un statut interne fortement modifié, proche par certains points de celui de l’Exarchat du Patriarche de Constantinople, et que l’on associe généralement aux décisions du Concile de 1917-1918. Enfin les évêchés de l’Église Orthodoxe Russe Hors-frontières suivent le code diocésain commun de cette Église, qui n’est pas entièrement axé sur les décisions du Concile de 1917-1918.

Ainsi, sans parler en détail du processus d’élaboration des Statuts, nous pouvons indiquer qu’est nécessaire un travail commun des représentants des diverses traditions canonico-ecclésiales. Sa Sainteté le Patriarche écrivait à ce propos : «Nous prévoyons d’accorder à cette Métropole les droits de l’Autonomie [...], selon les statuts qu’il sera nécessaire d’élaborer avec le concours des représentants de toutes les parties de la diaspora orthodoxe d’origine russe présente dans les pays d’Europe Occidentale». Le texte du message patriarcal indique clairement que ce travail commun devra prendre, entre autre, pour base essentielle les décisions du Concile de 1917-1918. Cela apparaît également clairement dans le résultat des travaux effectués en commun par les représentants du Patriarcat de Moscou et le défunt archevêque Serge (Konovaloff). Néanmoins, lors de la récente Table Ronde organisée par le mouvement OLTR, fut soulignée la nécessité de retravailler avec soin le projet de statut initialement élaboré. Lors de ce travail, les décisions du Concile de Moscou pourraient, semble-t-il, être à nouveau utilisées, en tenant cependant également compte, des besoins ecclésiaux actuels.

Ainsi, pour réaliser l’unité des «juridictions» de tradition russe en Europe Occidentale, un travail minutieux de définition du cadre dans lequel pourrait se réaliser cette unité est nécessaire.

VII.

En conclusion, en liaison avec ce qui été dit, je voudrais ajouter que nous, orthodoxes de diverses juridictions, devrions rapprocher nos rangs afin que « d’une seule voix et d’un seul cœur» nous professions, annoncions l’Évangile par notre vie-même.

Cela est particulièrement vrai pour les orthodoxes de tradition russe. En réunissant nos efforts et en consolidant l’unité spirituelle avec notre Église-mère nous pourrions réellement devenir le fondement d’une Église locale à venir. En restant divisés, il est évident que nous sommes un obstacle à sa création.

Il est temps de se rendre bien compte du fait que les trois juridictions russes aspirent à s’occuper des mêmes fidèles, à la séparation desquels il n’y a plus aucune raison politique.

En ce qui concerne l’Église Orthodoxe Russe du Patriarcat de Moscou, ainsi qu’il a été dit lors de la session du Saint Synode du 24 décembre, de son côté, elle «ne répudiera pas ses ouailles qui demeurent hors des frontières de la Patrie et ne se démettra pas de la responsabilité dont le Seigneur a chargé le Patriarcat de Moscou en ce qui concerne la sollicitude spirituelle envers cette partie du peuple de Dieu».

[*] Selon la seule traduction juste de ces termes que la liturgie reprend à saint Paul (2ième épître à Timothée).

 

 

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