Editorial de Juin 2014 - Diabolisation

Nous vivons dans un monde où la diabolisation de « l’adversaire désigné » est devenue pratique courante, sinon règle générale. La diabolisation consiste à donner une forte connotation négative à « l’adversaire désigné » de façon à le faire apparaître comme « le mal » et ceux qui le combattent apparaissent, du même coup, comme les défenseurs du bien. La diabolisation s’obtient par divers moyens comme l’amalgame, les accusations mensongères ou pour le moins non vérifiées, la calomnie etc.

 

Nous autres, membres de l’OLTR, connaissons bien ces phénomènes pour avoir vécu, pendant dix ans la diabolisation de notre mouvement au sein de l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe Occidentale. Mais ce n’est qu’un petit exemple sans importance au-delà d’un cercle restreint. D’autres diabolisations, comme celui d’un parti politique, par exemple, touchent beaucoup plus de monde.

 

Dans l’actualité brûlante prenons le cas dramatique de l’Ukraine : les Ukrainiens de l’Ouest diabolisent ceux de l’Est, qui les diabolisent à leur tour. Et contre toute attente, les européens, au lieu d’essayer de résoudre la crise, entrent dans le même jeu et diabolisent, à leur tour, les « séparatistes » et la Russie, rendue responsable du problème ukrainien.

 

Contre toute attente, car le drame de la diabolisation réside dans le fait qu’elle rend impossible la discussion entre les antagonistes. L’adversaire est le « mal » et on ne peut discuter avec lui, il faut le détruire. Bien entendu, toute recherche de compréhension de la position de l’autre devient impossible et toute recherche de compromis devient impraticable ; on ne pactise pas avec le mal. Le conflit devient alors inévitable, et il ne résout pas forcément la crise, comme on l’a vu, par exemple, dans le cas de l’Irak. On voit bien, là, l’œuvre du Diable, le « diviseur »

 

Pour dénouer une crise ou un différend, il faut, au contraire, bien comprendre la position de chacun des partis et déterminer ce qui peut être acceptable pour lui et ce qui est totalement exclu. C’est alors que l’on peut essayer d’imaginer un compromis qui fait retomber la crise, se résoudre le conflit, se rapprocher les hommes.

 

Nous savons, bien malheureusement, qui est le prince de ce monde. Essayons de ne pas nous laisser entraîner dans des attitudes de diabolisation pour ne pas le servir. L’Eglise orthodoxe en Ukraine nous montre d’ailleurs l’exemple, elle ne soutient ni ne condamne personne mais appelle au rejet des violences et à la réconciliation.

 

Séraphin Rehbinder

Juin 2014

 

 

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