Editorial de Février 2019 - Crises et perspectives

L’OLTR a récemment exprimé sa plus vive inquiétude[i] quant à la situation de l’Eglise orthodoxe en Ukraine. Nos craintes se sont, malheureusement, vérifiées. Toute notre admiration va à l’Eglise orthodoxe en Ukraine, sous l’omophore spirituelle de Mgr Onuphre, qui a su conserver son autorité sur l’Eglise ; ce qui, en fait, est une évidente réception du Concile de Moscou de 1917[ii] quand l’Eglise se démarque de sa soumission au pouvoir politique. Nous reviendrons sur cette situation et sur ses conséquences sur l’Unité de l’Eglise orthodoxe. Mais un autre bouleversement est apparu. Le patriarcat de Constantinople a décidé, très soudainement, de révoquer le Tomos de 1999 par lequel il octroyait le statut d’exarchat à l’Archevêché. Cette situation nouvelle impose à l’Archevêché de réfléchir à son destin.

Accepter celui que lui dicte le patriarcat de Constantinople revient à briser l’Unité de ce corps ecclésial. Au premier abord, il y aurait une certaine logique canonique à cette réorganisation « territoriale » au sein des métropoles grecques. Mais le constat s’arrête là. Les malencontreuses initiatives du patriarcat de Constantinople en Ukraine et la coïncidence des deux décisions orientent, en fait, vers des motivations politiques à cette réorganisation.La révocation du Tomos de 1999 qui liait l’Archevêché au patriarcat de Constantinople révèle, au grand jour, le malentendu qui subsistait entre ces deux entités et qui doit, maintenant, être dissipé : L’Archevêché s’est toujours imaginé que la protection du Patriarcat de Constantinople était la seule solution pour conserver les orientations qu’il se définissait alors que le Patriarcat de Constantinople a toujours considéré que l’Archevêché était simplement l’une des entités, celle-ci de tradition russe, sur laquelle elle mettait en œuvre sa conception de la diaspora. L’introduction du Tomos de 1999 fait référence à la 28ème décision du IVème[iii] concile de Chalcédoine et l’on sait quelle interprétation erronée en avait le Patriarcat de Constantinople.

Fondamentalement, l’Archevêché doit rester attaché à sa tradition russe. Cette tradition russe peut se manifester de multiples manières : nous avons la référence constante, dans les invocations, aux saints de la terre russe, il peut s’agir des pratiques liturgiques, d’un attachement à l’art iconographique ou à l’architecture des édifices. La tradition russe est aussi comprise comme une aspiration à vivre selon les décisions du Concile de Moscou. Ici, on doit déplorer que ce volet soit quelquefois retenu comme l’exclusive manifestation de la tradition russe ; qui plus est, suivant une interprétation erronée de ce Concile de Moscou qui veut voir l’installation d’une « démocratie » dans l’Eglise et plus largement de pratiques relevant du monde politique, d’une large confusion entre la nature divine et la nature humaine. L’Eglise n’est pas le mélange mais l’union de ces deux natures. Il convient de rappeler que le Concile de Moscou de 1917 a justement, à travers la restauration du Patriarcat, rétabli l’autorité de l’Eglise sur l’Eglise. Bien sûr, comme l’évoque le père Alexis Kniazeff[iv] (dont l’autorité spirituelle et pédagogique sur l’Institut Saint-Serge, la paroisse Saint-Serge et sur l’ACER était reconnue et vénérée), la participation des laïques à la vie de la paroisse ou du diocèse, souvent pour les tâches administratives, toujours sous l’autorité des clercs, est une caractéristique très importante. Et cette dimension bien développée en Occident a aussi été soulignée par le patriarche Alexis II quand il a émis sa proposition de réunir les paroisses de tradition russe autour de ces valeurs.

Nous voulons, ici, réfuter un reproche qui est souvent formulé dès lors que l’on parle de tradition nationale. On présente le maintien d’une tradition nationale, dans l’orthodoxie, comme une aspiration à servir une ethnie, une nation ou un pouvoir politique. Rien de plus faux et nous insistons pour affirmer qu’une tradition nationale, la tradition russe dans notre cas, est en réalité un des vecteurs sur lequel s’édifie l’orthodoxie locale.

Au passage, pourquoi critiquer cette compréhension de l’apport de la tradition russe et justifier, dans le même temps, de rejoindre l’Eglise roumaine[v] ? On se rappelle que le synode de l’Eglise de Roumanie a formulé un appel à sa diaspora[vi], dans un esprit identique à celui que nous définissons et qui suscita une bien vive réaction de la part de vingt-huit personnalités orthodoxes[vii][viii].

En vérité, cette contribution de la tradition russe pour édifier l’orthodoxie locale est tout l’esprit du Message du Patriarche Alexis II[ix]. L’OLTR (Orthodoxie Locale de Tradition Russe en Europe Occidentale) a toujours déploré que ce message n’ait été ni écouté, ni entendu, ni compris et finalement, de fait, ait été rejeté. Aujourd’hui, au moment où le destin de l’Archevêché va se décider, nous invitons, à nouveau, ses fidèles à s’inspirer de ce message et à entrevoir cette voie qui peut certainement offrir à l’Archevêché, le destin qu’il s’est refusé jusqu’alors. Dans la situation actuelle, il peut simplement s’agir, pour l’Archevêché, de solliciter cette protection canonique qui lui permettrait de prolonger son expérience et vivre sur le socle qu’il a édifié. A l’image de ce qui se vit avec l’Eglise Orthodoxe russe à l’Etranger, nous sommes convaincus qu’un nouvel espace de conciliation et d’échanges d’expérience pourra alors s’ouvrir. Enfin, pourraient être dépassés, tous les clivages et les tensions d’avec l’Eglise russe qui, elle, a su dans un héroïsme jamais égalé surmonter les défis terribles du 20ème siècle. Le Martyre dont elle s’est relevée constitue assurément une manifestation de la tradition russe qu’il ne faudrait pas oublier et dont il faudrait, même, s’inspirer dans ce monde où l’athéisme se répand.

Gueorguy von ROSENSCHILD

Président de l’OLTR (Orthodoxie Locale de Tradition Russe en Europe Occidentale)

10 février 2019 - Synaxe des nouveaux martyrs et confesseurs de la foi de l'Eglise Russe



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